Argumentaire

 

, par Caroline Archat

La méthodologie des « études d’âge » (Age, or Aging, studies) alimente aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe un courant dynamique de recherches pluridisciplinaires comme l’attestent les revues Journal of Age Studie ou Age Culture Humanities. Introduire ces études en France en les croisant avec le domaine des arts et notamment des arts visuels, tel est le propos du programme Aging & Arts (AaA), consacré, principalement mais non exclusivement, au grand âge.

Après un premier volet inauguré par des journées d’études avec les musées, organisées à l’Ecole Normale Supérieure en mars 2015 et qui concernait la thématique de la réception (les publics âgés au musée), nous nous sommes intéressés au sujet de la création elle-même en nous efforçant de croiser les approches en histoire de l’art, en sociologie de la culture, en neurologie, avec également, une attention à la réflexion dans le domaine de la psychanalyse.

Les travaux ont commencé à Paris le 13 novembre 2017 par une journée d’étude ouverte au public à l’Ecole Normale Supérieure et au Musée National Picasso Paris. Elle a été l’occasion de revenir sur les actions menées depuis quelques années par les musées en direction de l’accueil des personnes âgées et de présenter les questions médicales, économiques, sociologiques ou esthétiques qui alimentent une réflexion sur les liens entre âge et création.

Un atelier interdisciplinaire, à la Fondation Cini à Venise les 27 – 29 novembre 2017 a réuni des chercheurs de la scène internationale autour de plusieurs questions. Quels sont les effets esthétiques d’une œuvre produite dans le grand âge ? Peut-on parler de « style tardif » comme on parle, légitimement ou non, de « style précoce » ? Cette notion a-t-elle valeur de catégorie pour rassembler la diversité des expériences ? Quelles expériences précisément les artistes vivent-ils dans la vieillesse ? Quelles solutions trouvent-ils pour continuer de créer malgré les effets de l’âge ? Quelle image a-t-on de l’artiste vieillissant ? De quelles formes de reconnaissance est-il ou non investi ? De quelles actions ciblées leurs œuvres font-elles l’objet de la part des institutions et du marché ? L’âge de l’artiste influence-t-il l’évaluation d’un œuvre en termes de goût, de visibilité et de valeur ?

Ces questions ont été envisagées au présent ainsi que dans une perspective historique qui a permis de considérer la variation ou la permanence de valeurs et attitudes, selon les époques et donc les contextes sociaux et culturels.